Dérushage et montage de quatre portraits vidéo de maîtres chinois — calligraphie, peinture, paysage et porcelaine — réalisés pour aider le réalisateur Jérôme-Cécil Auffret à cerner ses personnages lors de l'écriture d'un documentaire.
Quatre maîtres, une même encre
Stage Le Film & La Plume Dérushage Documentaire Culture chinoisePendant mon stage chez Le Film & La Plume, j'ai travaillé avec le réalisateur Jérôme-Cécil Auffret sur une demande un peu inhabituelle : dérusher et monter quatre portraits vidéo de maîtres chinois de l'art. Un calligraphe, deux peintres, un céramiste. Aucun de ces montages n'était fait pour être diffusé ; ils servaient à préparer l'écriture d'un documentaire.
Le but n'était pas de faire joli. Il fallait donner au réalisateur de quoi cerner ses personnages, leur gestuelle comme leur manière d'être, avant même d'écrire la première ligne du scénario.
La mission : dérusher pour faire émerger des personnages
Pourquoi des « récapitulatifs » ?
Chaque maître avait été filmé pendant des heures : entretiens, gestes d'atelier, promenades, moments de vie. Mon travail, c'était de DérusherVisionner l'intégralité des rushes bruts, trier, annoter et ne garder que l'essentiel pour en faire un assemblage cohérent. tout ça et d'en sortir, pour chacun, un condensé de quelques minutes. Pas une fiche biographique : plutôt un portrait. Qui est cet homme, comment il travaille, et surtout comment il se tient face à son art. C'est ce qu'il faut à un scénariste pour transformer quelqu'un de réel en personnage. Je suis entré dans les rushes avec deux casquettes : le monteur qui guette le bon plan et le bon tempo, et le curieux qui essaie de comprendre ce qui rend chacun unique. J'ai aussi pas mal cherché en ligne pour situer ces artistes, dans le prolongement de mes autres recherches sur la Chine pendant ce stage, autour de l'historien Sima Qian et de la stratégie de com' pour le marché chinois.Yan Gongda
— la calligraphie comme discipline intérieure Yan Gongda言恭达, né en 1948 à Changshu (Jiangsu). est un des grands calligraphes chinois d'aujourd'hui, vice-président de l'Association des calligraphes de Chine. On le filme dans un jardin, très calme ; il parle de la calligraphie comme d'une quête spirituelle de toute une vie, pas comme d'une simple technique. Au montage, j'ai voulu garder ce tempérament posé : laisser tourner ses silences, préférer un regard à une phrase de trop. C'est le lettré du groupe, celui chez qui le trait d'encre tient lieu de pensée.Wang Xijing
— le peintre de figures de Xi'an Wang Xijing王西京, né en 1946 à Xi'an (Shaanxi). prolonge la tradition de l'École de Chang'anCourant majeur de la peinture chinoise du XXe siècle, né à Xi'an (l'ancienne Chang'an).. Ancien dessinateur de presse devenu peintre de personnages historiques, il est connu pour ses figures où la ligne de la calligraphie structure le corps. Dans les rushes, on le voit à l'œuvre, traçant au grand pinceau, entouré de ses rouleaux. J'ai gardé surtout ces plans de geste : la main, l'encre qui mord le papier, la concentration. C'est un homme d'image, et ça se filme bien.Che Pengfei
— le paysage, dans la lignée de Lu Yanshao Che Pengfei车鹏飞, né en 1951, peintre paysagiste de Shanghai. est un maître du Shanshui山水, « montagnes et eaux » : la grande tradition chinoise du paysage à l'encre. et un disciple direct du grand Lu Yanshao. Peintre d'atelier mais aussi érudit et éditeur, il transmet tout un héritage. Je l'ai d'abord vu dans des plans contemplatifs, une marche lente sous les arbres, qui en disaient déjà long sur son rapport au paysage. Tout le travail de dérushage était là : faire passer le peintre, mais aussi l'état d'esprit du lettré qui regarde au loin.Li Jusheng
— peindre dans le feu, à Jingdezhen Li Jusheng李菊生, né en 1944, Grand Maître chinois des arts et métiers, professeur à Jingdezhen. est une grande figure de la porcelaine de Jingdezhen景德镇, la capitale historique de la porcelaine chinoise, dans le Jiangxi.. C'est lui qui a inventé la peinture de personnages en émaux de haute températureCouleurs cuites au four à très haute température, réputées presque impossibles à maîtriser : la teinte finale ne se révèle qu'après la cuisson. : un art où l'on compose avec le feu, où une part du résultat se joue dans le four, hors de contrôle. Les rushes le suivent jusque dans les cérémonies données en son honneur. Pour un scénario, le personnage s'écrit presque tout seul : un artiste qui apprivoise le hasard.Ma méthode de dérushage
J'ai bossé sous Adobe Premiere ProLogiciel de montage vidéo professionnel.. Concrètement : je regarde tout, je repère les séquences qui comptent (un geste d'atelier, une phrase forte, une attitude), puis je remonte chaque portrait selon une logique simple, l'homme et son art. J'ai gardé le nom de chaque maître à l'écran et un montage sobre, parce qu'ici c'est le sujet qui prime, pas l'effet. Au bout, le réalisateur récupère un outil clair où piocher pour construire ses personnages.Bilan
C'est un des projets qui m'a le plus appris pendant ce stage. J'ai compris que le montage documentaire, ce n'est pas qu'une histoire de rythme : c'est aussi savoir écouter et synthétiser pour quelqu'un d'autre, ici un réalisateur en pleine écriture. J'en sors avec une vraie immersion dans l'art chinois, et avec une idée qui ne m'a pas lâché : dérusher, c'est déjà raconter. Choisir un plan plutôt qu'un autre, c'est déjà décider qui sera ce personnage à l'écran.